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ÊTRE PLUTÔT QU’AVOIR ? À L’ÉCOLE AUTREMENT

Agnès FOUILLEUX - documentaire France 2017 1h28mn -

ÊTRE PLUTÔT QU’AVOIR ? À L’ÉCOLE AUTREMENT« Monsieur le professeur, je vous dis merde ! » affirme la petite fille de Zéro de conduite (Jean Vigo, 1933) face à une brochette de profs, proviseur, inspecteur qui lui demandent excuses et soumission. Au moment même où le film est censuré (il le sera jusqu’en 1946), Hitler prend le pouvoir en Allemagne… Alors… L’éducation, ça sert à quoi ? À préparer de bons petits soldats, rouages dociles qui continueront indéfiniment à perpétuer l’ordre établi ? Ou a préparer des individus critiques qui risquent de le bousculer ? Agnès Fouilleux, dans un film nourri, vivant, passionnant, superbe, largement illustré de chants, de gravures, d’extraits de films, interroge l’évolution de l’éducation à travers notre histoire et, tout en faisant un état des lieux actuel des questionnements, nous plonge dans les alternatives…

En 1921, à peine sortis des horreurs et des dévastations de la « grande guerre », pacifistes, éducateurs et autres personnes engagées dans l’éducation des chères têtes blondes s’interrogent. « Quoi, toujours ce serait la guerre, la querelle, des manières de roi et des fronts prosternés… » écrivait Aragon. Et le mouvement naissant pour l’école nouvelle répondait : « Changer l’éducation pour changer le monde ». Il y aura de nombreux échanges et rassemblements. Maria Montessori, Celestin Freinet, Gustave Monod, Rudolf Steiner… l’école de Summerhill voit le jour… Extraordinaire d’entendre la voix de Célestin Freinet et l’actualité de ses paroles nous laisse tout épatés. En écho, les voix actuelles d’enseignants, de psychologues, chercheurs… accompagnent et ponctuent les images et paroles de gamins en situation d’apprentissage. On s’attarde avec des bambins d’une Ecole Montessori, avec l’Ecole en Forêt, l’école du Colibri : la pratique illustre la théorie et toujours images et musique élargissent la réflexion et donnent une respiration au film. Bon sens, écoute, bienveillance, respect de l’autre, rapport à la nature…
Philippe Meirieu réfléchit sur le rapport à l’écran des enfants, constate que désormais les gamins passent plus de temps devant un écran que devant un être humain et interroge l’influence des médias sur les esprits adultes et fatalement sur le cerveau des enfants. C’est que l’école n’est pas seule à façonner les personnalités des gamins. On suit les expériences de Peter Winterstein à partir des dessins des enfants en fonction du temps passé devant la télé : le pouvoir des médias, du neuro-marketing sur les cervelles des gamins mais aussi les nôtres. Le conditionnement s’oppose au développement de l’imaginaire, les images envahissent nos vies, modifient le rapport à soi, poussant chacun à renvoyer une image idéale plutôt que de se construire à l’intérieur. « Facebook détient le pouvoir et vous êtes la marchandise » dit le Président du Fond de Défense pour la Neutralité du Net.

On y évoque aussi longuement l’importance et l’incidence sur le développement du rapport direct à la nature… et toujours cette interrogation qui sous-tend le formidable engagement passionné et passionnant de tous ceux qui interviennent devant la caméra curieuse d’Agnès Fouilleux : quel projet de vie donnons nous à nos enfants, pour quel monde les préparons nous ? Quel monde souhaitons nous leur transmettre ?